Comprendre le périnée, anatomie, rôle et repères utiles

Introduction

Le périnée, ce nom qu’on retrouve partout dans les discours de santé intime. On en parle après un accouchement, dans les fuites urinaires, dans les douleurs pendant les rapports, dans la rééducation, dans certaines pratiques sportives et parfois même dans les discussions autour du plaisir. Pourtant, lorsque l’on demande simplement où il se trouve, à quoi il sert ou s’il s’agit d’un muscle, les réponses deviennent vite floues.

Pas d’inquiétude, ce flou est très courant. Le périnée est une zone que l’on sent parfois mal, que l’on voit difficilement et dont on parle souvent uniquement lorsqu’elle pose problème. 

Le périnée n’est pas un seul muscle qu’il faudrait contracter à tout prix. C’est une région anatomique et fonctionnelle située à la base du bassin. Au sens courant, quand on parle du périnée, on parle souvent du plancher pelvien, c’est-à-dire un ensemble de muscles, de fascias, de ligaments, de sphincters, de nerfs et de vaisseaux qui participent au soutien des organes, à la continence, à la sexualité, à la respiration, à l’accouchement et à la gestion des pressions dans le corps.

Cet article n’a pas pour objectif de vous apprendre à faire des exercices, ni de poser un diagnostic. Il sert plutôt de carte. Une carte pour mieux comprendre votre corps, mieux suivre une consultation, mieux entendre ce que signifie relâcher, contracter, tonifier ou coordonner.

Le périnée, c’est quoi exactement ?

Une région, pas un seul muscle

Schéma périnée

En anatomie, le périnée désigne la région située tout en bas du bassin, sous le diaphragme pelvien. Il forme une sorte de losange, délimité par le pubis à l’avant, le coccyx à l’arrière et les deux ischions sur les côtés. Une ligne imaginaire entre les ischions sépare cette région en deux parties. À l’avant se trouve la zone urogénitale. À l’arrière se trouve la zone anale.

Dans le langage médical et paramédical courant, le mot périnée est souvent utilisé plus largement pour désigner le plancher pelvien, c’est-à-dire l’ensemble des structures profondes qui ferment le bassin par le bas. Pour simplifier, dans cet article, j’utiliserai souvent périnée au sens courant, tout en précisant lorsque je parle du plancher pelvien au sens anatomique.

Périnée ou plancher pelvien, quelle différence ?

Le périnée est plutôt une région. Le plancher pelvien désigne davantage l’ensemble fonctionnel profond. Il comprend des muscles, des fascias, des ligaments, des sphincters et des tissus de soutien. L’International Continence Society décrit les muscles du plancher pelvien comme un système qui ne se résume pas à la force, mais comprend aussi le tonus, l’endurance, la coordination, la capacité de relâchement et la sensibilité.

Autrement dit, le périnée est un peu comme le quartier. Le plancher pelvien, c’est l’organisation interne du quartier avec ses rues, ses ponts, ses câbles, ses portes, ses systèmes de soutien et de circulation.

Cette nuance peut paraître technique, mais elle évite une erreur fréquente. Le périnée n’est pas seulement le muscle que l’on serre pour ne pas uriner. C’est bien plus riche que cela.

Où se trouve le périnée dans le corps ?

Les repères anatomiques simples

Pour situer le périnée, imaginez quatre points. Le pubis se trouve devant. Le coccyx se trouve derrière. Les deux ischions se trouvent de chaque côté. Ce sont les os sur lesquels vous êtes assis. Entre ces repères se trouve une zone en forme de losange.

Ce losange comprend une partie antérieure, dite urogénitale, et une partie postérieure, dite anale. La partie urogénitale contient l’urètre et, selon les anatomies, la vulve, l’entrée du vagin, la base du pénis ou le scrotum. La partie anale contient l’anus et les structures qui l’entourent.

Vue simplifiée de dessous du bassin montrant le pubis, les ischions, le coccyx, la vulve, l’urètre, le vagin, l’anus et les deux zones du périnée.
Vue simplifiée de dessous du bassin montrant le pubis, les ischions, le coccyx, la base du pénis, le scrotum, l’anus et les deux zones du périnée.

Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas

La vulve n’est pas le périnée. Le vagin n’est pas le périnée non plus. La vulve correspond aux organes génitaux externes visibles : grandes lèvres, petites lèvres, clitoris, vestibule, orifice urinaire et orifice vaginal. Le vagin, lui, est un conduit interne. Le périnée est la région plus large dans laquelle se trouvent certains de ces repères.

Chez les personnes avec pénis, le périnée n’est pas absent. Il est situé entre le scrotum et l’anus. Il se prolonge en profondeur vers les structures qui soutiennent la vessie, l’urètre, la prostate et le rectum. Il est donc faux de dire que le périnée ne concerne que les femmes ou seulement les personnes ayant accouché.

Cette précision compte en sexologie. Une personne peut consulter pour douleurs périnéales, gêne à la pénétration, difficulté d’érection, éjaculation prématurée, douleurs après l’éjaculation, fuites urinaires, pesanteur ou difficulté à sentir cette zone. Dans toutes ces situations, la compréhension du périnée peut devenir une première étape de l’accompagnement.

De quoi est composé le périnée ?

Les muscles, plusieurs couches et plusieurs rôles

Le plancher pelvien contient plusieurs groupes musculaires. Le plus connu est le muscle élévateur de l’anus, ou levator ani, composé notamment des faisceaux pubo-rectal, pubo-coccygien et ilio-coccygien. Il forme une grande partie du diaphragme pelvien, comme un dôme musculaire profond qui soutient les organes et participe à la continence. Il est associé au muscle coccygien, qui complète la partie postérieure du plancher pelvien.

Plus superficiellement, on trouve d’autres muscles : le bulbo-spongieux, l’ischio-caverneux, les muscles transverses du périnée, le sphincter externe de l’anus et le sphincter externe de l’urètre. Certains participent davantage à la continence. D’autres participent davantage à la sexualité. D’autres encore contribuent au maintien du centre tendineux du périnée.

Pour simplifier, il n’y a pas un périnée qui ferait tout. Il y a une équipe.

Les fascias et les ligaments, les tissus de soutien

Les muscles ne travaillent pas seuls. Les organes pelviens sont aussi maintenus par des fascias et des ligaments. Les fascias sont des tissus conjonctifs, c’est-à-dire des tissus de liaison. Ils enveloppent, relient, soutiennent et transmettent des tensions. Les ligaments servent d’amarrages entre certains organes et le bassin.

C’est important, car une sensation de pesanteur ou un prolapsus, que l’on appelle souvent descente d’organes, ne s’explique pas uniquement par un manque de force musculaire. Le soutien dépend d’un système intégré. Il met en jeu les muscles, les fascias, les ligaments, la pression abdominale, la posture, les tissus conjonctifs, l’âge, les grossesses, les accouchements, certaines chirurgies, la constipation, la toux chronique et des facteurs individuels.

Les nerfs et les vaisseaux, une zone sensorielle et vivante

Schéma pédagogique du nerf pudendal et de l’anatomie périnéale féminine, représentant les branches nerveuses du clitoris, du périnée et de la région anale, avec les principaux muscles du plancher pelvien annotés.

À quoi sert le périnée ?

Soutenir les organes du bassin

Le périnée participe au soutien de la vessie, de l’urètre, de l’utérus ou de la prostate selon les anatomies, du vagin lorsqu’il est présent, du rectum et du canal anal. Il ne porte pas tout seul ces organes comme un plancher rigide. Il les soutient avec l’aide des fascias, des ligaments et de la posture.

Lorsque ce système de soutien se modifie, certaines personnes peuvent ressentir une lourdeur, une pression ou une impression de boule au niveau vaginal. Dans le cas d’un prolapsus génital, certains organes du bas du ventre, par exemple la vessie, l’utérus ou le rectum, peuvent descendre dans le vagin ou à l’extérieur de la vulve.

Je le répète, mentionner le prolapsus ici ne signifie pas que toute gêne correspond à une descente d’organes. Cela signifie simplement que le périnée a une fonction de soutien, et que cette fonction peut parfois être concernée par des symptômes.

Participer à la continence urinaire et anale

La continence, c’est la capacité à retenir l’urine, les gaz et les selles jusqu’au moment choisi. Elle repose sur plusieurs systèmes : sphincters, muscles du plancher pelvien, position de l’urètre et du rectum, contrôle nerveux, sensibilité, pression abdominale et habitudes corporelles.

Pour l’urine, l’incontinence urinaire correspond à une perte involontaire d’urines par l’urètre. Elle peut survenir à l’effort ou à la suite d’un besoin irrépressible d’uriner.

Très concrètement, quand vous toussez, riez, éternuez, courez ou portez une charge, la pression augmente dans le ventre. Le périnée doit répondre rapidement, parfois même avant que vous y pensiez. Si la réponse est trop faible, trop tardive ou mal coordonnée, une fuite peut survenir. Ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de mécanique, de réflexes, de tissus et de coordination.

Pour la continence anale, le muscle pubo-rectal forme une sorte de sangle autour de la jonction entre rectum et canal anal. Il aide à maintenir un angle qui participe à la retenue. Pour aller à la selle, il doit pouvoir se relâcher. Là encore, un périnée fonctionnel n’est pas un périnée qui serre toujours. C’est un périnée qui sait alterner.

Jouer un rôle dans la sexualité

Le périnée intervient dans la sexualité de plusieurs manières. Il participe à certaines sensations, au gonflement des tissus pendant l’excitation, aux contractions rythmiques de l’orgasme, à la rigidité de l’érection chez les personnes avec pénis, à l’éjaculation, au confort de la pénétration et au relâchement nécessaire à certaines pratiques sexuelles.

Une revue systématique publiée dans The Journal of Sexual Medicine soutient l’implication des muscles du plancher pelvien dans la réponse sexuelle féminine, tout en soulignant les limites des études disponibles. Les effectifs sont parfois restreints, les méthodes varient et des recherches mieux contrôlées restent nécessaires.

Autrement dit, oui, le périnée peut jouer un rôle dans le plaisir. Mais non, on ne peut pas dire qu’un périnée plus musclé donnerait automatiquement une meilleure sexualité. Ce serait beaucoup trop simple, et surtout parfois faux. Un périnée trop tendu peut gêner le plaisir, la pénétration, l’excitation ou l’orgasme autant qu’un périnée trop faible.

Intervenir pendant la grossesse, l’accouchement et le post-partum

Pendant la grossesse, les pressions sur le plancher pelvien augmentent progressivement. Les tissus se modifient, les organes changent de position, les abdominaux, la posture et la respiration s’adaptent. Lors d’un accouchement vaginal, le plancher pelvien connaît un étirement important. Dans certains cas, il peut y avoir des déchirures, une épisiotomie, des douleurs, des fuites, une gêne à la reprise des rapports ou une sensation de pesanteur.

Les recommandations de la HAS sur le post-partum rappellent que les conséquences de la grossesse et de l’accouchement concernent notamment le périnée, la continence, le rachis, la ceinture pelvienne et la sangle abdominale. Cela justifie une approche globale, et non une vision limitée à l’idée de remuscler le périnée.

Il ne faut donc pas réduire le post-partum à une seule question de contraction. Il peut s’agir de récupérer, respirer, cicatriser, comprendre, relâcher, tonifier si besoin, coordonner, reprendre confiance et, se faire accompagner peut vraiment aider.

Comment fonctionne le périnée au quotidien ?

Contraction, relâchement et coordination

Un périnée fonctionnel doit pouvoir faire plusieurs choses. Il maintient un tonus de fond. Il se contracte rapidement en cas d’effort. Il se relâche pour uriner, déféquer, permettre une pénétration ou accoucher. Il doit aussi pouvoir sentir ce qui se passe et se coordonner avec la respiration, les abdominaux, le bassin et la posture.

La terminologie internationale distingue justement les différents paramètres d’évaluation des muscles du plancher pelvien. La force n’est qu’un élément. Le tonus, l’endurance, la coordination, le relâchement et la perception corporelle sont tout aussi importants.

Un périnée contracté en permanence n’est donc pas un objectif. Imaginez quelqu’un qui garderait le poing serré toute la journée. Au début, cela donne une impression de force. Assez vite, cela fatigue, bloque, fait mal et gêne les mouvements fins. Pour le périnée, c’est le même principe.

Le lien avec la respiration, les abdominaux et les pressions

Le périnée fait partie d’un système de pression. En haut, il y a le diaphragme respiratoire. Sur les côtés et devant, les abdominaux profonds. Derrière, les muscles du dos. En bas, le plancher pelvien.

À l’inspiration, le diaphragme descend et le plancher pelvien accompagne légèrement le mouvement. À l’expiration, le diaphragme remonte, les abdominaux peuvent se tonifier et le plancher pelvien remonte aussi. Lors d’un effort, d’une toux ou d’un port de charge, ce système doit s’adapter rapidement.

Pour en apprendre plus sur la question de la respiration, des pressions et de la sangle abdominale lire l’article sur la gymnastique hypopressive.

Schéma de profil montrant le diaphragme, les abdominaux, la vessie, l’utérus, le rectum et le plancher pelvien, avec des flèches illustrant la circulation des pressions dans le corps.

Non. Ce serait même une mauvaise idée dans beaucoup de situations. L’objectif n’est pas de vivre périnée serré, ventre rentré et respiration bloquée. L’objectif est d’avoir un périnée capable de répondre au bon moment. Parfois il doit se contracter. Parfois il doit céder. Parfois il doit se relâcher complètement.

Ce qui se passe pendant un effort

Pendant une toux, un rire, un saut, une course, une poussée ou un port de charge, la pression abdominale augmente. Si la respiration est bloquée et que la poussée se dirige vers le bas, les contraintes sur le plancher pelvien peuvent augmenter.

Cela ne veut pas dire que le sport, les charges ou la toux détruisent le périnée. Le corps est fait pour absorber des pressions. Mais si les pressions sont souvent répétées, mal coordonnées, associées à une constipation chronique, à une toux persistante, à une période post-partum ou à une faiblesse des tissus de soutien, des symptômes peuvent apparaître.

Un périnée peut-il être trop faible, trop tendu ou mal coordonné ?

Quand on parle de manque de tonicité

Un périnée hypotonique ou insuffisamment réactif peut être associé à des fuites urinaires, des fuites anales, une sensation de pesanteur ou une diminution de certaines sensations. Mais attention, ce n’est pas parce qu’une fuite existe que le périnée est forcément trop faible.

Les fuites peuvent dépendre de la vessie, de l’urètre, des sphincters, des tissus de soutien, du système nerveux, des habitudes mictionnelles, de la constipation, du post-partum, de la ménopause, d’une chirurgie ou d’autres facteurs. C’est pour cette raison qu’un bilan professionnel est utile quand les symptômes persistent.

Quand on parle d’hypertonie ou de tension

Un périnée hypertonique est un périnée qui reste trop contracté au repos ou qui se relâche difficilement. Cela peut contribuer à des douleurs pendant les rapports, une difficulté de pénétration, des douleurs à l’examen gynécologique, une constipation terminale, des envies urinaires fréquentes, des douleurs périnéales ou pelviennes.

Les travaux sur le plancher pelvien suractif montrent que l’hypertonie peut être associée à des douleurs sexuelles et à d’autres tableaux pelviens, chez les femmes comme chez les hommes. Les auteurs insistent sur l’intérêt d’une compréhension biopsychosociale. Muscles, nerfs, douleur, émotions, contexte, histoire corporelle et facteurs médicaux peuvent s’additionner.

Quand le problème est surtout une coordination

Il arrive aussi que le périnée ne soit ni franchement faible, ni franchement tendu, mais qu’il travaille à contretemps. Par exemple, il se contracte alors qu’il devrait se relâcher pour aller à la selle. Il peut aussi se crisper avant une pénétration parce qu’une douleur est anticipée, ou ne pas réagir assez vite à la toux.

La douleur peut alors installer un cercle vicieux. Une douleur réelle entraîne une anticipation. L’anticipation entraîne une contraction de protection. Cette contraction peut renforcer la douleur. La douleur confirme la crainte et l’évitement s’installe. Ce modèle ne doit pas être compris comme une explication psychologique simpliste. La douleur est réelle. Le système nerveux, les muscles et les tissus se protègent parfois trop, trop vite ou trop longtemps.

Le périnée et les douleurs pendant les rapports

Il est tentant de chercher une cause unique. Ce serait le périnée, ce serait psychologique, ce serait hormonal, ce serait l’endométriose, ce serait le stress. En pratique, les douleurs pendant les rapports peuvent avoir de nombreuses causes. Elles peuvent être gynécologiques, dermatologiques, hormonales, digestives, urologiques, neurologiques, musculaires, relationnelles ou sexologiques.

Le périnée peut participer à certaines douleurs, notamment lorsqu’il est hypertonique ou qu’il se contracte involontairement. Mais il n’explique pas toutes les douleurs.

Pour approfondir la question des douleurs d’entrée, des contractions involontaires ou des diagnostics à distinguer, lisez l’article différence entre vaginisme et dyspareunie.

Le point important est simple. Dire que l’anticipation, la peur ou la contraction peuvent jouer un rôle ne signifie pas que la douleur serait dans la tête. Cela signifie que le corps apprend. Il apprend parfois à se protéger, même lorsque cette protection devient gênante.

Si j’ai mal pendant les rapports, dois-je d’abord faire des exercices du périnée ?

Pas forcément. Si le périnée est trop tendu, ajouter des contractions peut aggraver la gêne. Une douleur persistante mérite d’abord une évaluation médicale spécialisée. Ensuite seulement, selon la situation, un travail corporel, sexologique, gynécologique, dermatologique, kinésithérapique ou psychologique pourra être proposé.

Dans certains troubles de la pénétration, des facilitateurs vaginaux peuvent faire partie d’un accompagnement progressif. Le sujet est développé dans l’article Choisir ses dilatateurs vaginaux quand on souffre de vaginisme ou de dyspareunie.

Grossesse, accouchement et post-partum, une période particulière

Le périnée n’existe pas seulement après un accouchement. Il est là avant, pendant et après. Il concerne aussi les personnes qui n’ont jamais été enceintes, les personnes avec pénis, les enfants, les adultes, les sportifs, les personnes opérées.

Cela dit, la grossesse et l’accouchement constituent bien une période de fragilité pour le périnée. Pendant la grossesse, le poids de l’utérus augmente, les tissus se modifient, la posture change, la respiration se transforme parfois. Pendant l’accouchement vaginal, les tissus périnéaux peuvent être fortement étirés, voir se déchirer. Après la naissance, des fuites, des douleurs, une gêne sexuelle ou une pesanteur peuvent apparaître. Beaucoup de ces symptômes s’améliorent avec le temps, mais certains méritent un avis.

Le CNGOF indique que la rééducation périnéale par exercices de contraction des muscles du plancher pelvien est recommandée pour traiter une incontinence urinaire persistant à trois mois du post-partum, quel que soit le type d’incontinence.

Ce point est important. Toutes les femmes n’ont pas besoin du même accompagnement, au même moment, pour la même raison. Certaines auront surtout besoin de récupération spontanée et d’informations. D’autres auront besoin d’un bilan, d’une rééducation, d’un travail de cicatrice, d’un accompagnement de la douleur ou d’un soutien sexologique.

Et la césarienne ?
Elle peut éviter certains traumatismes directs liés au passage du bébé par voie vaginale, mais elle ne protège pas totalement le plancher pelvien. La grossesse elle-même modifie déjà les tissus, la pression, la posture et les équilibres.

Quelles idées reçues faut-il corriger sur le périnée ?

Le périnée concerne seulement les femmes

Non. Tout le monde a un périnée. Les organes, les risques et les symptômes ne sont pas les mêmes selon les anatomies, mais le plancher pelvien existe aussi chez les personnes avec pénis. Il intervient notamment dans la continence, l’érection, l’éjaculation, certaines douleurs pelviennes et les suites de chirurgie prostatique.

Il ne sert qu’après un accouchement

Non plus. L’accouchement est un moment important pour le périnée, mais ce n’est pas son seul sujet. Le périnée travaille tous les jours, dans la miction, la défécation, la posture, la sexualité, la respiration et les efforts.

Un bon périnée est un périnée très musclé

Pas exactement. Un bon périnée est surtout un périnée adapté. Il sait se contracter, se relâcher, sentir et se coordonner. Plus fort n’est pas toujours mieux. Trop tendu peut devenir douloureux ou gênant.

Il suffit de faire des contractions

Non. Les contractions peuvent être utiles dans certaines situations, mais pas dans toutes. En cas d’hypertonie, de douleur, de difficulté de pénétration ou de mauvaise coordination, la priorité peut être le relâchement, la respiration, la perception corporelle ou un travail accompagné.

Les douleurs pendant les rapports sont forcément psychologiques

Non. Les douleurs sexuelles ont souvent des causes corporelles réelles, parfois multiples. Elles peuvent aussi s’accompagner de peur, d’anticipation ou d’évitement, ce qui ne les rend pas moins réelles. Le bon réflexe est de chercher, pas de culpabiliser.

Si je ne sens rien, c’est que tout va mal

Pas forcément. Beaucoup de personnes sentent mal leur périnée au départ. Ce peut être une simple question de repères corporels. En revanche, si cette absence de sensation s’accompagne de fuites, douleurs, gêne sexuelle, pesanteur ou inquiétude persistante, il est pertinent d’en parler à un professionnel de santé.

Quand demander un avis professionnel ?

Ce n’est pas parce qu’un symptôme est fréquent qu’il doit être accepté en silence. Le RCOG liste parmi les symptômes possibles de dysfonction du plancher pelvien : fuites urinaires, envies fréquentes ou urgentes, difficultés à uriner, fuites lors de la toux ou du rire, difficulté à contrôler les gaz ou les selles, prolapsus, infections urinaires fréquentes et inconfort pendant les rapports.

Il est conseillé de demander un avis si vous avez :

  • fuites urinaires ou anales persistantes
  • gaz incontrôlés gênants
  • douleur pelvienne, vulvaire, vaginale, anale ou périnéale persistante
  • douleur pendant les rapports
  • douleur à l’examen gynécologique
  • sensation de boule, pression ou pesanteur pelvienne
  • difficulté à uriner ou à vider la vessie
  • constipation importante, poussées répétées ou sensation d’évacuation incomplète
  • gêne persistante après accouchement
  • symptômes après chirurgie pelvienne
  • gêne sexuelle qui s’installe ou évitement de l’intimité à cause de la douleur ou de la peur

Selon la situation, le premier interlocuteur peut être un médecin généraliste, une sage-femme, un gynécologue, un urologue, un proctologue, un kinésithérapeute spécialisé en pelvi-périnéologie, un sexologue ou une équipe douleur pelvienne. L’objectif n’est pas de multiplier les consultations, mais de trouver la bonne porte d’entrée.

Comment utiliser cet article en consultation ?

Avant une consultation

Vous pouvez utiliser cet article pour acquérir le vocabulaire de base. Savoir situer le pubis, le coccyx, les ischions, l’urètre, le vagin, l’anus ou le plancher pelvien aide déjà beaucoup.

Pendant un accompagnement

Il peut servir à comprendre ce que veut dire un professionnel lorsqu’il parle de relâchement, de contraction réflexe, d’hypertonie, de dyssynergie, de pressions abdominales, de respiration ou de douleur génito-pelvienne.

Après une séance

Il peut aussi être relu tranquillement. L’intimité corporelle ne se comprend pas toujours en une fois. L’éducation à la sexualité, c’est aussi apprendre à mettre des mots simples sur des zones que l’on a longtemps laissées dans le flou.

Ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas encore

Ce que l’on sait : le périnée participe au soutien des organes, à la continence, aux sensations sexuelles, à la pénétration, à l’orgasme, à l’érection, à l’éjaculation, à l’accouchement et à la gestion des pressions. On sait aussi qu’un périnée trop faible, trop tendu ou mal coordonné peut être associé à des symptômes.

Ce que l’on sait moins bien : la relation exacte entre force périnéale et plaisir sexuel reste complexe. Les études disponibles soutiennent l’implication du plancher pelvien dans la réponse sexuelle, mais elles ne permettent pas de conclure que le renforcement améliore systématiquement la sexualité de tout le monde.

C’est souvent le meilleur résumé possible. Le périnée compte, mais il ne fait pas tout. La sexualité, la douleur, la continence et le rapport au corps sont des phénomènes intégrés. Ils concernent les tissus, les nerfs, les muscles, les émotions, les apprentissages, les relations, les représentations et le contexte de vie.

Conclusion

Le périnée n’est pas un petit muscle mystérieux qu’il faudrait serrer en silence. C’est une zone vivante, profonde, sensible, impliquée dans des fonctions très concrètes : soutenir, retenir, laisser passer, ressentir, se relâcher, se contracter, accompagner les pressions et participer à l’intimité.

Le comprendre ne remplace pas un avis médical, une consultation sexologique ou une rééducation spécialisée. Mais cela peut changer beaucoup de choses : mieux nommer ce que l’on ressent, mieux comprendre une douleur, mieux suivre une séance, mieux poser une question, mieux sortir de certaines inquiétudes.

Finalement, le périnée n’a peut-être pas besoin d’être idéalisé, musclé à tout prix ou surveillé comme une zone fragile. Il a surtout besoin d’être compris comme ce qu’il est : un système anatomique, fonctionnel et sensoriel, au croisement du corps, de la santé et de l’intime.

FAQ

Le périnée est la région située à la base du bassin, entre le pubis, le coccyx et les ischions. Dans le langage courant, il désigne souvent aussi le plancher pelvien, c’est-à-dire l’ensemble des muscles et tissus qui soutiennent les organes pelviens.

Il se situe entre les organes génitaux et l’anus, mais il s’étend plus largement entre le pubis à l’avant, le coccyx à l’arrière et les ischions sur les côtés.

Non. Le périnée n’est pas un seul muscle. Il comprend plusieurs muscles, des fascias, des ligaments, des sphincters, des nerfs et des vaisseaux.

Parce qu’un périnée fonctionnel ne doit pas seulement savoir se contracter. Il doit aussi se relâcher pour uriner, déféquer, permettre une pénétration confortable ou accompagner certains mouvements du corps.

Sources

·        Assurance Maladie. Incontinence urinaire : fuites urinaires. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/incontinence-urinaire

·        Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Post-partum : recommandations pour la pratique clinique. https://cngof.fr/app/uploads/2025/11/Postpartum202015-RPC.pdf

·        Faucher, S., et al. Investigating the role of the pelvic floor muscles in sexual function and sexual response: a systematic review and meta-analysis. The Journal of Sexual Medicine. https://academic.oup.com/jsm/article-abstract/21/3/217/7595937

·        Haute Autorité de Santé. Rééducation dans le cadre du post-partum : synthèse des recommandations. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/synthese_post_partum.pdf

·        Haute Autorité de Santé. Prolapsus génital de la femme : prise en charge thérapeutique. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2021-06/reco329_recommandation_prolapsus_cd_2021_05_06_lg.pdf

·        International Continence Society. Terminology for pelvic floor muscle assessment. https://www.ics.org/folder/committees/working-group-documents/terminology-for-pelvic-floor-function-and-dysfunction/d/ics-report-on-the-terminology-for-pelvic-floor-muscle-assessment-2021/download

·        Kenhub. Pelvis and perineum: anatomy, vessels, nerves. https://www.kenhub.com/en/library/anatomy/pelvis-and-perineum

·        Manuels MSD. Prolapsus génital. https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/probl%C3%A8mes-de-sant%C3%A9-de-la-femme/prolapsus-g%C3%A9nital/prolapsus-g%C3%A9nital

·        Manuels MSD. Douleur pelvienne féminine. https://www.msdmanuals.com/fr/professional/gyn%C3%A9cologie-et-obst%C3%A9trique/sympt%C3%B4mes-des-troubles-gyn%C3%A9cologiques/douleur-pelvienne-f%C3%A9minine

·        Padoa, A., McLean, L., Morin, M., & Vandyken, B. The Overactive Pelvic Floor and Sexual Dysfunction. Sexual Medicine Reviews. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2050052120300111

·        Royal College of Obstetricians and Gynaecologists. Pelvic floor health. https://www.rcog.org.uk/for-the-public/pelvic-floor-health/

·        Talasz, H., et al. Breathing, (S)Training and the Pelvic Floor. Healthcare. https://www.mdpi.com/2227-9032/10/6/1035

·        TeachMeAnatomy. The Perineum. https://teachmeanatomy.info/pelvis/areas/perineum/


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